106. Un voyage intérieur (UKRAINE)

Plus je me rapproche de Paris, plus les anecdotes semblent difficiles Ă  trouver. La route est de moins en moins exotique, et peu de surprises alimentent mes expĂ©riences. Moins d’aventures, moins d’imprĂ©vus et de rencontres improbables. Cette aventure se transforme peu Ă  peu en voyage intĂ©rieur.


Un confort de la route Ă©touffant

Malheureusement, tout risque de bien se passer jusqu’Ă  Paris, ce qui m’offrira peu de grain Ă  moudre, un vide de matière brute… C’est triste Ă  dire, mais la sĂ©curitĂ© n’offre pas la meilleure des inspirations.

Il va peut-être falloir un jour choisir entre le confort et la créativité. Vie bourgeoise ou vie de bohème. Raison ou passion. L’éternelle dualité, complexité des contradictions humaines. Choisir entre la mort dans la sécurité et la vie dans l’incertitude. (fameux dilemme des débats sur le confinement obligé dû au Covid-19).

Si seulement un juste milieu pouvait ĂŞtre possible, il apporterait l’équilibre parfait dont l’être humain a besoin pour survivre. Peut-ĂŞtre, devrais-je me mettre plus en danger pour ĂŞtre davantage dans le ressenti, dans l’instant.


S’aventurer dans le voyage intĂ©rieur ?

En attendant, je suis encore en Ukraine, qui n’est pas un pays d’enfants de chœur, il me reste la Pologne à traverser, qui peut aussi valoir son pesant d’or, l’Allemagne… qui sans être une championne de l’imprévu et de la fantaisie peut avoir d’autres choses à offrir. 

bivouac à vélo en ukraine
Un bivouac sans histoires… zut

Peut-être est-il tout simplement temps de s’aventurer vers des territoires nouveaux, plus intimes. Peut-être est-il temps de tirer des premiers bilans. Que suis-je en train de tirer ce voyage intérieur ?

Je voyage. Je me rapproche de la terre. Je me rapproche de l’essentiel. Je me rapproche de ma place, celle qui m’était dĂ©diĂ©e avant mĂŞme ma naissance, celle qui est inscrite dans mon ADN et celui de mes parents, bien qu’ils l’aient eux-mĂŞmes oubliĂ©. RĂ©cit d’une retrouvaille…


Trouver sa place dans l’univers

La route se déroule à peu près sans encombres, toujours le même soleil à ma gauche qui me dessine un bronzage de camionneur, toujours la route, toujours cette pauvreté évidente, et maintenant des arbres fruitiers bordent la route. ‌

manger le fruit de la terre

Je m’arrĂŞte sous un pommier, je cueille une pomme… et je rĂ©alise que le moment est magique, intense, rĂ©el et pourtant d’une simplicitĂ© rare. Ça n’a l’air de rien comme ça, mais c’est une authentique satisfaction, toute naturelle et simple qui rĂ©vèle l’immensitĂ© cosmique de notre rapport au monde et Ă  la nature. Le geste le plus ancestral qui soit. Il est tellement ancrĂ© dans nos gènes que l’on dĂ©guste ce moment comme l’accomplissement d’une mission, une des choses pour lesquelles nous sommes sur terre. 

Être à sa place. 

C’est pourtant simple. Manger le fruit de la terre lĂ  oĂą il se trouve apporte une certaine assise, un Ă©quilibre et des fondations Ă  notre existence. Il semble que cela enracine notre ĂŞtre sur une terre donnĂ©e. Et si c’Ă©tait juste ça le sens de la vie d’humain, se rĂ©enraciner, retrouver ce lien perdu Ă  la terre, Ă  nos ancĂŞtres, manger le fruit de cette terre et appartenir Ă  nouveau Ă  un tout universel qui n’est pas rĂ©gi par l’avoir, mais par l’ĂŞtre. Se rĂ©concilier avec soi-mĂŞme en somme.

Je ne suis pas en train de créer une nouvelle secte, il s’agit juste d’une modeste réflexion inspirée par ce mangeage de pomme improvisé.