118. Enfin un vent favorable à vélo ! (ALLEMAGNE)

Il y a sur cette terre bien des lois physiques. L’une d’entre elles, brillamment Ă©numĂ©rĂ©e par le professeur Pierre Desproges, dit (en citant lui-mĂŞme Archimède) que lorsqu’on plonge un corps dans une baignoire, le tĂ©lĂ©phone sonne. C’est la loi des poissards. Un club très fermĂ© dont je crois en toute humilitĂ© avoir mĂ©ritĂ© mon adhĂ©sion. J’ai, depuis le premier jour de mon pĂ©riple, tellement Ă©prouvĂ© de vents dĂ©favorables que j’en ai Ă©laborĂ© mon propre thĂ©orème : “Soit un vĂ©lo sur une route donnĂ©e. La direction du vent alentours sera systĂ©matiquement opposĂ©e Ă  l’orientation de la roue directrice dudit vĂ©lo. Par ailleurs la force du vent sera inversement proportionnelle au niveau de fatigue de l’occupant de ce mĂŞme vĂ©lo.” Infaillible ! Je finissais mĂŞme par me faire une raison, accepter mon sort, je devenais philosophe. Le vent favorable Ă  vĂ©lo me fuira Ă  jamais… Je commençais Ă  avoir mes petites techniques de rĂ©silience.

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Surpris à vélo par un vent favorable

Eh bien sur la route de MĂĽnster, les Ă©lĂ©ments ont cruellement invalidĂ© mon thĂ©orème. Un vent favorable, enfin ! La matinĂ©e a Ă©tĂ© un vrai bonheur. J’ai ainsi pu apprĂ©cier concrètement ce que ça fait d’avoir le vent dans le dos et surtout prendre plus que jamais la mesure de l’influence du vent sur les performances et les difficultĂ©s du parcours.

Ce jour, le vent ne dĂ©passait pourtant pas les 20 km/h, mais les consĂ©quences Ă©taient dĂ©jĂ  considĂ©rables. J’ai donc assez facilement pu tenir une moyenne de 22/23 km/h sans forcer en faisant mĂŞme l’exploit de prendre ma pause dĂ©jeuner avec près de 100 kilomètres derrière moi sans ĂŞtre particulièrement fatiguĂ©.

RĂ©aliser l’impact immense du vent

J’ai pris conscience, pendant cette matinĂ©e bĂ©nie, que si la brise avait Ă©tĂ© face Ă  moi, j’aurais Ă  peine fait la moitiĂ© de cette distance pour le mĂŞme effort… Je parle pourtant bien d’une petite brise lĂ©gère ! Maintenant je vous laisse imaginer ce qui se passe avec un vent de 70 km/h. S’il est avec moi, je suis au paradis, j’avance sans mĂŞme avoir Ă  pĂ©daler, je vole littĂ©ralement. Je peux ambitionner 200 kilomètres dans la journĂ©e sans fatigue.

Mais s’il est en face, c’est un cauchemar Ă©veillĂ©. Rien Ă  faire Ă  part pousser comme une brute en maintenant une position du corps horizontale pour pĂ©niblement dĂ©passer les 7 ou 8 km/h. Le problème est aussi que ce vĂ©lo est le contraire d’un objet aĂ©rodynamique. Les sacoches avant et arrière ont une Ă©norme prise au vent, telles des voiles, et en font un vĂ©hicule extrĂŞmement vulnĂ©rable, et sensible aux caprices d’Éole. 

Avec 125 kilomètres au compteur, j’ai fini par me trouver un joli coin pour poser ma tente dans un petit bois proche de la route après avoir fait le plein d’eau chez une gentille fleuriste qui avait un chien un peu trop jeune pour comprendre qu’il ne faut pas mordre les clients, mais un peu trop grand dĂ©jĂ  pour que ça ne soit pas douloureux… Le parfait dosage ! J’ai quittĂ© sa boutique les mains en sang, mais les bouteilles pleines.