5. Du cyclotourisme en Lorraine (Vaucouleurs / FRANCE)

Traverser la Lorraine à vélo, c’est apprendre à composer avec les petites routes sinueuses, les collines et les villages abandonnés… mais c’est aussi faire des rencontres magnifiques et bouleversantes ! Le cyclotourisme en Lorraine, c’est beau en fait !

La famille lorraine qui m’a sauvé

La famille qui m’accueille habite à Neuville-lès-Vaucouleurs, petit village de la Meuse. J‘arrive chez Marie épuisé, envahi de douleurs et encore touché psychologiquement par cette journée éprouvante. Elle habite une petite maison au bord de la route avec ses trois enfants d’approximativement 7, 5 et 2 ans. Elle est grande, brune, les cheveux longs, le regard doux et fatigué d’une jeune maman de 28 ans qui doit s’occuper seule de ses trois jeunes enfants.

Un foyer modeste

Au rez-de-chaussée, après avoir laissé mon vélo dans un garage rempli de bûches, je découvre la pièce principale rassemblant le salon et la cuisine accueillant en son centre le poêle à bois, unique source de chaleur de la maison. Ici tout est simple, sommaire, modeste, mais ça sent le bonheur à plein nez. Les murs suintent d’amour et de bienveillance. Un chien et deux chats, recueillis par Marie complètent le tableau. Je commence à comprendre que c’est la pause parfaite dont j’avais besoin.

Une rencontre marquante

Cette rencontre a sans doute sauvé mon voyage. Ses enfants étaient adorables, m’ont tout de suite accepté et j’ai même passé une partie de la journée à dessiner avec eux les drapeaux étrangers. Cours de géographie camouflé en atelier de dessin, ils n’y ont vu que du feu et étaient ravis. J’ai eu le privilège de discuter longuement avec Marie, rencontre extrêmement enrichissante qui m’a aidé à prendre du recul sur les difficultés de la vie et à relativiser mes petits problèmes fugaces de cyclotouriste.

Voici la toile : j’ai la chance de voyager en cyclotourisme en Lorraine (pour l’instant), j’ai les moyens financiers pour le faire, je ne suis engagé en rien, je jouis d’une totale liberté, le monde est à moi, il a les bras grands ouverts et rien ne m’empêchera de m’y abandonner. Les seules difficultés auxquelles je suis confronté sont périphériques, éphémères, rien ne peut m’empêcher d’avancer dans ma quête. Mais je me plains et j’ai la grossièreté de pleurer sur la route quand les conditions se compliquent.

Une leçon de courage

Mon amie, quant à elle, vit seule avec ses trois enfants en bas-âge dans une modeste habitation rurale, elle a quitté son mari alcoolique il y a 1 an, elle travaille dur et est engagée dans des associations locales, elle a la maladie de Lyme qui l’affaiblit considérablement, la fait boiter et presque perdre connaissance dans certaines situations, et elle est enfermée dans un travail alimentaire malgré ses études poussées en littérature. Mon dieu quel courage, quelle leçon ! Quand je me plaignais avec mes petits soucis superficiels, j’étais tellement ridicule ! J’ai la chance unique, inouïe de pouvoir me lancer dans un voyage de cette ampleur, un luxe rare que très peu de personnes sur cette planète peuvent se permettre d’envisager, alors je n’ai pas le droit de me plaindre, encore moins celui de vouloir arrêter. En observant sa vie quotidienne, je me rendais compte que je n’avais pas le centième du courage et de la force de cette jeune femme, et elle est loin d’être un cas isolé. Je fais un simple sprint quand elle court un marathon depuis des années. Je suis arrivé ici épuisé et assailli de doutes, je suis reparti le coeur plus léger, bien décidé à arriver à Nancy et y prendre le temps nécessaire pour soigner mes genoux et repartir sur de bonnes bases.

La peur est notre pire ennemi, il faut quotidiennement la combattre et sortir de sa zone de confort en pensant aux bénéfices magnifiques que nous pouvons obtenir plutôt que de se focaliser sur ce que l’on peut perdre.

Quand faut y aller, faut y aller !

Du cyclotourisme en Lorraine, c’est déjà un dépayement

J’ai compris que l’on n’a pas forcément besoin d’aller très loin pour voyager, que l’altérité est là, en bas de chez soi, cachée sous un voile de préjugés et de peurs que nous déposons nous-même. La peur est notre pire ennemi, il faut quotidiennement la combattre et sortir de sa zone de confort en pensant aux bénéfices magnifiques que nous pouvons obtenir plutôt que de se focaliser sur ce que l’on peut perdre. L’atmosphère anxiogène dans laquelle nous vivons nous empêche d’exister vraiment. Je suis entré dans ce voyage par la grande porte, par la porte de mon voisin de palier, mais maintenant il faut avancer, il faut continuer car c’est la porte du palais des mille et une nuits qui m’attend à bras ouverts… mais pas avant d’avoir affronté le froid européen. Car la suite des événements sera douloureuse, voire insupportables. Si mon mental se forgera à cette solitude et ces combats quotidiens, mon corps quant à lui ne va jamais tout à fait s’acclimater au froid extrême.

Je me battrait au quotidien contre les éléments et mon corps, faisant de chaque jour une nouvelle petite victoire.