96. Novossibirsk, la beauté froide de Sibérie (RUSSIE)

Frontière passée. Ça s’est rafraichi, on respire mieux, on dort mieux. Les paysages, maintenant principalement constitués de forêts, apparaissent déformés par l’eau qui s’écoule abondamment sur les vitres du compartiment, chassée par le vent. Nous sommes en Russie, il pleut à torrents et Novossibirsk est en approche. L’appréhension d’une route diluvienne m’envahit, mais il est encore tôt et je dois retrouver mon ami Denis en fin d’après midi. 


La beauté des femmes de Novossibirsk

Je découvre Novossibirsk en Russie pour la deuxième fois de ma vie, pour y retrouver de la grisaille, du béton, de la pluie et des habitants peu engageants… mais des filles superbes, ce qui rend plus que supportable les autres désavantages !

Je me pose donc toute la journée dans un café soigneusement élu sur des critères purement esthétiques. Le résultat est le suivant : je suis le seul client accompagné de trois charmantes serveuses aux petits soins écoutant avec admiration les quelques anecdotes de mon périple et buvant mes paroles comme on dégusterait une glace surplombée de crème chantilly… moi dans le rôle de la glace. 

Je suppose que le côté aventurier combiné au mythe français a titillé en elles un certain désir refoulé d’escapades, de voyages et d’un ailleurs plus séduisant. Je leur ai apporté du rêve sur un plateau et elles ont rechargé mes batteries en bien-être et en estime de soi. Un bon deal gagnant-gagnant.

Dehors, le vent et la pluie redoublant d’intensité ne faisaient que renforcer le contraste avec ce café ensoleillé de beauté et de bien-être. Et pourtant, il allait bientôt falloir se confronter à une réalité plus rafraîchissante. 


Pédaler en Sibérie sous un déluge Russe

Je quitte à contre cœur ces charmantes compagnies du café pour affronter la tempête. L’heure approche, et j’ai plus d’une heure de vélo pour arriver chez Denis, 23 kilomètres m’attendent sous le déluge par une autoroute de tous les diables. 

Le premier kilomètre est le théâtre d’une lutte acharnée entre trois protagonistes habitués : L’eau, mon corps et ma tête.

L’eau, tel un parasite, tente d’envahir le plus possible mon corps, qui lui-même se défend héroïquement, à coups d’évitements de flaques et autres habiles subterfuges.

C’est alors que la tête entre en scène, jouant son rôle d’arbitre entre la réalité (l’eau) et ce qu’on en fait (la fuite ou l’acceptation). Elle arrive à convaincre mon corps que cette réalité est inévitable, et finalement pas si désagréable que cela. 

Il faut simplement accepter les conditions et comprendre qu’on arrivera là-bas, de toute façon, trempé de la tête aux pieds. À partir du moment où l’esprit accepte cet état de fait, tout est beaucoup plus facile, et passe du désagrément au plaisir. 


Faire le deuil d’un corps sec

La route était envahie de vastes flaques d’eau boueuses cachant très souvent d’énormes trous et déformations de la chaussée. Impossible d’évaluer la profondeur des flaques, mais je n’avais guère le choix : il fallait s’y risquer, car les voitures et les camions me doublaient sans la moindre marge de sécurité, n’offrant aucune place aux écarts de trajectoire pour éviter la douche. À Novossibirsk, et plus largement en Russie, les chauffeurs font peu de manières.

J’ai donc très rapidement fait le deuil d’un corps sec et j’ai commencé à passer un bon moment !

J’avais beau être trempé jusqu’aux os, me faire arroser généreusement par les voitures qui me doublaient, j’étais de très bonne humeur et je chantais. Une chaleur intérieure m’aidait à supporter cet environnement inconfortable, je rayonnais d’énergie positive, de force et de confiance.

Je me parlais tout seul et me faisais rire, les roues baignées dans de l’eau noirâtre. J’étais le spectacle et le public, je n’avais besoin de personne d’autre que moi-même.

On dirait bien que le bonheur n’est pas conditionné par la réalité, mais plutôt par ce qu’on en fait, et comment on l’accueille. Je lui ai tendu les bras et il s’y est plongé en se frayant un passage entre les épaisses gouttes de pluie. 

En bas de chez Denis

Encore dans un état second à moitié euphorique, J’ai attendu mon ami Denis en bas d’une barre d’immeuble soviétique sous la pluie, les pieds dans la boue pendant une bonne heure, le temps de “redescendre” un peu et me remettre à éprouver les offensives du froid.

Demain je prendrai le Transsibérien pour Moscou.