97. Le Transsibérien à vélo (RUSSIE)

Le TranssibĂ©rien, surement la ligne de train la plus mythique de la planète. Beaucoup la font juste pour la faire… parce que le chemin est plus riche que la destination.

Pourquoi un tel engouement ?


Le Transsibérien, plus grande voie ferrée du monde

Ce qu’on appelle “le TranssibĂ©rien”, c’est la ligne de train reliant Moscou Ă  Vladivostok sur 9288 km et 990 gares.

Imaginez 11 fois un Lille-Marseille Ă  60 km/h de moyenne… Oui, c’est long.

Mais alors, vous allez me dire : “Quel est l’intĂ©rĂŞt de s’emmerder aussi longtemps dans un train qui traverse la SibĂ©rie ?”

L’immersion, les amis !

Vous voulez toucher du bout des doigts l’âme russe ? Prenez le TranssibĂ©rien en 3e classe. Vous serez enfermĂ© dans une boite en mĂ©tal avec la Russie populaire. C’est ce que j’appelle “voyager”.


Apprécier le temps sur le Transsibérien

Traverser la SibĂ©rie Ă  bord du TranssibĂ©rien, c’est apprendre Ă  savourer le temps qui passe. C’est apprĂ©cier la lenteur en tant que valeur.

paysages transsibérien

En 3e classe, on dĂ©ambule littĂ©ralement dans un gigantesque dortoir libĂ©rĂ© de toute espèce de pudeur ou d’intimitĂ©. Alors le temps on le passe Ă  bavarder avec ses camarades de compartiments (si on a la chance de tomber sur des anglophones), on joue aux cartes avec des inconnus, on regarde dĂ©filer les paysages fĂ©Ă©riques et sauvages de SibĂ©rie On profite de ce temps bĂ©ni pour ressortir ces vieux romans russes que l’on n’a jamais eu le temps de terminer. Et surtout… surtout ! ON OUBLIE SON SMARTPHONE ! Et mon Dieu que c’est bon !

Ici, nos repères sont bousculés, balayés par tout ce qui nous entoure. Le temps lui-même prends une dimension nouvelle.

On prend le temps de le regarder passer, le temps.

…

On prend le temps de réfléchir, de méditer, de contempler, de communiquer sans mots.

Vous voulez un voyage intérieur, prenez le Transsibérien !


Mettre son vélo dans le Transsibérien

Non, le train du TranssibĂ©rien n’est absolument pas “bike friendly” et ça n’est pas pour demain que vous verrez des emplacements pour vĂ©lo dans des wagons spĂ©ciaux ! Personne n’emmène son vĂ©lo sur le TranssibĂ©rien… personne, sauf moi.

gare de Novossibirsk

Il a fallu le vider de ses sacoches et le dĂ©monter soigneusement, puis monter mon vĂ©lo pièce par pièce dans mon compartiment… mais pour mettre tout ça oĂą ?

Pas si compliqué. Les couchettes superposées ont un rangement au-dessus de la couchette du haut. Assez large pour y mettre un vélo en pièces détachées. À surveiller tout de même en cas de coup de frein trop brusque !


RĂ©cit en live depuis la 3e classe

Après deux ans d’absence, me voilĂ  Ă  nouveau dans le TranssibĂ©rien. La dernière fois, c’Ă©tait pour faire Novossibirsk – Irkoutsk, cette fois, c’est pour partir dans l’autre sens : Novossibirsk – Moscou. 2 jours et 3 heures de train m’attendent.

Je sais d’expĂ©rience que passer des journĂ©es entières dans un train pousse naturellement l’attention Ă  s’attarder sur des dĂ©tails sans importance, on les analyse et on les Ă©crit pour le bonheur de ses lecteurs. Attendez-vous donc Ă  quelques anecdotes et moments de vie sans intĂ©rĂŞt qui me paraĂ®tront personnellement passionnantes, mais qui sembleront soporifiques Ă  des personnes qui ont un rythme de vie normal : 

gare transsibérien

“C’est la troisième classe, celle qu’on dĂ©conseille aux touristes alors que c’est la plus passionnante ! Ici, personne ne parle un seul mot d’anglais, je suis Ă  n’en plus douter le seul non russe du wagon, parfait ! Ambiance populaire russe assurĂ©e, et meilleur moyen de voir comment les gens rĂ©agissent face Ă  l’ennui. Une femme me donne Ă  manger. Elle me fait signe qu’elle a trop. Il fait très chaud. Des hommes au torse nu exhibant des tatouages de prisonniers quadragĂ©naires regardent passivement dĂ©filer les paysages. Leurs tatouages sont comme diluĂ©s sur la peau, ternis par le temps, Ă©cartelĂ©s par la peau d’un ventre rond et dur hĂ©sitant encore entre muscles et graisse Ă©paisse. Magnifique et inconscient Ă©crin d’expression artistique pour une forme d’art Ă©volutive et Ă©phĂ©mère. Un homme joue des airs traditionnels Ă  la guitare, des gens chantent avec lui. Des enfants jouent aux cartes, l’un d’eux porte fièrement un t-shirt floquĂ© “I’m siberian”. Une adolescente de 14 ans maximum est enceinte… elle joue avec ses petits frères. C’est encore elle-mĂŞme une enfant et elle va donner la vie dans quelques mois !“

le transsibérien

Les passagers m’ont Ă©tonnĂ© Ă  l’arrivĂ©e Ă  Moscou, faisant preuve d’un certain zèle pour montrer de la considĂ©ration et du respect auprès du personnel de bord. Ils ont pliĂ© leurs draps et sont allĂ©s courtoisement les apporter au personnel du wagon. C’est presque de l’art : inutile mais beau. Autre aspect troublant, le train a beau avoir traversĂ© le plus grand continent du monde d’est en ouest, il est arrivĂ© Ă  Moscou Ă  l’heure prĂ©vue… Ă€ la minute près !