55. Repenser son itinéraire à vélo (Babol / Iran)

Voyager dans des contrées lointaines et incertaines oblige parfois à s’adapter aux imprévus. Ici, il va falloir repenser mon itinéraire à vélo. Penser à un plan B raisonnable. Récit :

Reprendre la route à l’aveugle

Le repos à Babol doit prendre fin, il est temps pour moi de reprendre la route, adieu le mont Damavand.

L’incertitude du visa

Unique problème, je suis toujours dans l’attente de la confirmation ou pas de ma demande de visa pour le Turkménistan. Fidèle à son statut de pays le plus fermé d’Asie Centrale, cette dictature, que l’on compare dans la région à la Corée du Nord, ne distribue ses visas qu’au compte-goutte, et à la tête du client.

Je sais donc que mes chances sont minces, mais il faut tout de même avancer. Je décide donc de partir vers l’est en partant du principe que j’obtiendrai ce précieux papier tant espéré. Quand on voyage, le pessimisme est un luxe dont on doit se priver si l’on veut rester en mouvement. Je garde donc au chaud mes pensées négatives pour Paris et j’avance tout en réfléchissant à un éventuel plan B.

Des itinéraires alternatifs ?

À vrai dire j’ai un plan B raisonnable et un plan C un peu fou.

Itinéraire plan B

Le plan B consiste à continuer à viser l’Ouzbékistan, mais par un autre itinéraire car j’ai déjà mon visa et je déteste le gâchis ! En étudiant la question je découvre qu’il y a moyen de contourner le problème en faisant demi-tour, rejoindre l’Azerbaïdjan, et depuis le port de Bakou prendre un ferry pour le Kazakhstan. Une fois au arrivé là-bas, j’aurais déjà eu le temps de réfléchir à la suite de l’itinéraire et je serai surtout de l’autre côté de ce foutu Turkménistan ! Après, tout est possible.

Itinéraire plan C

Le plan C, lui, me trotte dans la tête depuis mon arrivée en terre perse. Il part du principe que je dois oublier mon visa ouzbek et mon visa russe que j’ai eu pourtant tant de difficulté à obtenir 6 mois à l’avance. Il postule aussi que je ne ferai pas un aller-retour comme j’ambitionnais de le faire depuis le début, il me faut prendre l’avion en rentrant. Oui, cet itinéraire là, qui m’excite autant qu’il me fait peur, va me faire continuer à l’est à vélo jusqu’à je ne sais où. Il va me faire traverser l’Afghanistan, le Pakistan, l’Inde et puis après on verra bien… si je suis encore vivant.

Avancer sur le plan A en attendant…

Mais tout ceci reste encore de l’ordre de l’abstrait. Je me dirige donc vers l’est et j’atterris à Behshahr chez un photographe professionnel, Zavood, qui accueille le même soir un groupe de trois autres cyclotouristes polonais.

moto iran
Moment de détente à Behshahr

Ce sera chez lui que j’apprendrai la nouvelle. Cette information que j’attendais depuis trois semaines, ce “oui” ou ce “non” qui aura des conséquences considérables sur tout le reste de mon périple. 

Itinéraire à vélo : Avec ou sans visa turkmène ?

Ca sera non. Ma demande de visa a été rejetée.

Je suis pourtant déjà à 70 kilomètres à vol d’oiseau du Turkménistan, mais voilà, je n’ai pas le choix et il faudra prendre une décision rapidement car le temps passe et j’en ai déjà trop largement abusé. Sous l’insistance de Zavood, je me résigne à rester un jour de plus chez lui pour me vider la tête, voir ses amis et l’accompagner à son travail. Le temps pour moi de bien réfléchir et prendre la bonne décision sur la suite de mon itinéraire.

Quel itinéraire ? Le pour et le contre

Posons maintenant les pour et les contre des plans B et C :

Plan B, rejoindre l’Ouzbékistan et l’itinéraire de base en contournant le problème par la mer Caspienne :

Pour :

  • Facilité d’obtention du visa azéri
  • Je ne gâche pas le visa russe et ouzbek
  • Je maintiens plus ou moins mon itinéraire d’origine
  • Une route relativement sûre (à part le désert ouzbek et kazakh)

Contre :

  • Je perds du temps sur mon itinéraire d’origine
  • Difficile psychologiquement de revenir sur ses pas quand on a déjà avancé
  • L’Azerbaïdjan ne me fait franchement pas rêver
itineraire voyageur
Quel itinéraire suivre ? À droite ou à gauche de la Caspienne ?

Plan C, tout changer et continuer vers l’est à l’inconnue :

Pour :

  • Un itinéraire plus exotique que jamais qui fait rêver
  • Finalement peut être plus sympa de continuer vers l’est que de faire demi-tour

Contre :

  • Un itinéraire à vélo vraiment dangereux que les iraniens m’ont fermement déconseillé de suivre
  • Difficultés d’obtentions du visa pakistanais
  • Méconnaissance du terrain
  • Obligation de retour à Paris en avion (ce que je voulais éviter)

Ma décision est prise, je vais suivre la voie de la raison et m’orienter vers le plan B. Ce qui veut dire : demi-tour et cap vers l’ouest !

Je retourne à Babol chez mon ami et je pars sur la route en direction de l’Azerbaïdjan en longeant la mer Caspienne. Après tout, ça peut être amusant de prendre le ferry !