53. Du rififi à Shiraz (IRAN)

Encore à Marvdasht, nouvel objectif : Shiraz en taxi. Le cœur encore plein de ressentiment après cette bien triste expérience chez Mojtaba, nous arrivons à la station de taxi.

epicerie iran
Pas de photos du taxi mais des petits épiciers très gentils de Shiraz

Un taxi malhonnête

Quelques recherches infructueuses plus tard, un taxi accepte finalement de nous emmener tous les trois plus le vélo de Mathieu à Shiraz pour 200.000 Rials, soit un très bon prix (un peu plus de 4€ à l’époque).

Pendant que nous roulons, on prend la peine de lui préciser la destination exacte dans le centre de Shiraz, il ne semble pas broncher. C’est alors qu’il risque une première tentative crapuleuse : il arrête le moteur à 10 kilomètres de Shiraz en nous expliquant qu’on est arrivés à destination. On n’est pas nés de la dernière pluie, et surtout on a des GPS sur nos téléphones. Nous savons donc précisément où on est.

On insiste avec vigueur en lui montrant la carte et il accepte de repartir.

La tension monte

On roule encore quelques minutes, puis le taxi décide de s’arrêter sur un rond-point à l’entrée de la ville en expliquant que le deal était de nous emmener à Shiraz, et nous sommes à Shiraz.

Piqués par sa première truanderie, on ne se laisse pas faire et on lui demande de nous déposer à l’endroit précis que nous lui avions indiqué. On argumente comme on peut mais il ne veut rien entendre et nous réclame notre argent.

On ne veut pas lui donner.

La tension grimpe en flèche.

Quelques curieux se rapprochent et participent au débat, les esprits s’échauffent et le ton monte encore d’un cran.

Cinq minutes passent, c’est l’impasse.

Des passants veulent nous aider à trouver une solution à l’amiable, faire les médiateurs, mais pendant que nous leur expliquons la situation le chauffeur s’empresse de retirer sans ménagement le vélo de Mathieu pour le jeter sur la route.

On en vient aux mains

Mathieu réagit fermement, essaie physiquement de l’en empêcher.

On s’égosille, on se bouscule, on ne se comprend pas.

On lui répète qu’on s’était mis d’accord sur une adresse précise à Shiraz et il nous répond : “On s’est mis d’accord sur le prix pour Shiraz, vous voilà à Shiraz” (ce qui n’était pas entièrement faux).

Il faut reconnaître que s’il nous avait amené jusqu’à notre destination finale ça lui aurait doublé le temps de sa course. On accepte, par mon initiative, de trancher et de ne lui donner que 150.000 Rials car il n’a pas rempli complètement sa mission. Il jette furieusement les billets par terre.

Un palier de tension supplémentaire vient d’être franchis.

Le chauffeur prend alors Pierre à la gorge en le menaçant.

La réponse de Pierre est immédiate et inattendue : il entre brutalement dans un état de fureur incontrôlable. Il assène un violent coup de pied dans les cuisses du chauffeur, visiblement effrayé et dérouté par cette réaction déconcertante, et lui hurle au visage en français : “Non mais ça va pas ?? Tu ne me prends pas par la gorge, tu te prends pour qui ??” 

En continuant à aboyer, Pierre s’éloigne et s’arrête à 50 mètres de nous, comme pour reprendre ses esprits et son calme.

Mathieu et moi sommes toujours dans ce fragile pourparler avec le taxi et ses nouveaux copains du rond-point, peu à peu acquis à sa cause. Ayant perdu assez de temps et d’énergie, je finis par convaincre Mathieu d’abandonner la partie, et nous lui donnons finalement son argent.

Des adieux “inoubliables”

Le moment des aurevoirs fut un spectacle assez inoubliable.

Mathieu insiste pour serrer la main du chauffeur.

Un serrage de main de deux minutes d’une tension extrême pendant lesquelles Mathieu, d’un sourire noir, proférait en français les pires insultes qu’il ait pu trouver dans son vocabulaire, et le chauffeur semblait faire exactement la même chose de son côté, ce qui faisait bien rigoler les badauds qui assistaient à la scène.

Je ne vais bien entendu pas répéter les mots de Mathieu, mais ils sont gravés dans ma mémoire pour toujours !

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Voici un aperçu de ce que donnera la visite de Shiraz
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