18. Frontière turque (Kapikule / TURQUIE)

Avance rapide. La Bulgarie est derrière moi et je fais face à la frontière turque. On m’avait prévenu que par ici les douaniers pouvaient être assez tatillons, l’appréhension était donc de mise, et la réalité sera bien à la hauteur. 

Quand être français est désavantageux

En arrivant à la frontière, j’ai vite compris que le vélo allait être un vrai boulet. Il a fallu, sous les ordres des douaniers, le délester jusqu’au dernier sac et le mettre de l’autre côté de la frontière sous le regard vigilant des douaniers, puis revenir sans tarder pour récupérer tous mes bagages et leur faire passer le test des rayon X et le contrôle des passeports. Déjà, totalement arbitrairement, les douaniers ont décidé de me mettre de côté pour un bon moment, laissant tout le monde me dépasser. Voyant les bulgares passer tous sous mon nez un par un sans rencontrer la moindre résistance a eu le don de chatouiller ma nervosité. Anxieux, je commençais à me poser des questions : “Peut être que le passeport français commence à faire peur jusqu’en Turquie ? Peut être est-ce ma barbe ? Peut être le vélo ? Peur du terroriste ou peur du vagabond ?” Le résultat reste le même, j’ai été finalement pris à part, entouré par trois douaniers et un policier sous le regard des curieux. Le policier parlait anglais, il m’a demandé d’ouvrir tous mes sacs et m’a posé diverses questions de ce type : “Où allez vous après la Turquie ?”, “Où et chez qui allez vous dormir ?”, “Combien d’argent avez vous avec vous ?”, “Quel est votre métier ?”, “Êtes vous français, mais vraiment d’origine française ?”. (Il était intéressant de voir qu’ils faisaient une claire distinction entre avoir un passeport français et être français réellement. Leur définition de la francité semble beaucoup plus étroite que la nôtre ! un douanier turc, lui, a le droit d’être raciste.) 

Une atmosphère tendue avec les douaniers

L’interrogatoire était tendu, même si je faisais mon maximum pour montrer patte blanche et mettre en pratique mes qualités diplomatiques naturelles. Il faut dire qu’ils sont officiellement en guerre en Syrie contre différents groupes terroristes alors ils sont assez soupe au lait au niveau des frontières ! Au moment où ils m’ont demandé combien d’argent j’avais sur moi et de leur montrer mon pécule, je ne savais pas vraiment si c’était pour s’assurer que j’avais assez pour subvenir à mes besoins en Turquie et ne pas mendier ou bien si ils voulaient leur part du gâteau… je craignais qu’ils cherchent à m’en prendre une bonne partie en improvisant un nouveau droit de douane de circonstance. C’était finalement la première solution, ils ne m’ont rien pris mais je ne leur ai montré que le quart de l’argent que j’avais en dollars. Pas de photos de cette scène évidemment, j’ai choisi de prendre des risques débiles un autre jour. Ils m’ont laissé passer, j’ai pu reprendre mon vélo de l’autre côté et j’ai entendu mon tout premier : “Hoş geldiniz ! Welcome to Turkey !”

Tagged