78. La Rasht valley, perdue et authentique (TADJIKISTAN)

Je suis en train de comprendre que mon choix de prendre à gauche sur la Rasht Valley du Tadjikistan au lieu de prendre à droite sur la Route du Pamir était l’une des meilleures décisions de mon voyage !

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Montagnes sur la Rasht valley

Des enfants très anglophones sur la Pamir

Sur le début de la route du Pamir, les enfants avaient l’habitude étrange de dire systématiquement “hello” et même tendre la main pour qu’on la tape en roulant. Geste très occidental, bizarre.

Je me suis alors demandé où ces enfants avaient appris à dire “hello”, et pourquoi ils le disent tous.

Sorti du contexte local, ça peut paraître normal après tout, ces enfants connaissent deux ou trois mots en anglais et sont ravis de les pratiquer en voyant des étrangers. En fait ça n’est pas si simple. J’ai beaucoup pratiqué ces régions, et après réflexion c’est bien la première fois de ma route que les enfants sont aussi forts en anglais. 

Une Pamir highway trop touristique

Voici ma théorie : ces premiers 150 kilomètres que j’ai effectués depuis Douchanbé sont partagés par beaucoup d’aventuriers à vélo, à moto ou même peut être à pied, venus explorer la fameuse route du Pamir.

Nous pouvons supposer que ces occidentaux qui passent et veulent saluer les enfants de la rue, leurs lancent simplement des “hello” d’usage. Les enfants, à force de l’entendre, le répètent aux autres blancs qui passent, sans doute plus comme un jeu que par politesse.

garm tadjikistan
La ville de Garm

La Rasht valley, bien plus authentique que la Pamir

Il se passe maintenant un phénomène encore plus étonnant, même assez frappant.

Depuis que j’ai bifurqué sur cette autre route du Tadjikistan qu’est la Rasht valley, je remarque que les enfants ne disent plus “hello”, mais plutôt “salam” … Quand ils ont envie de me saluer !

En fait, la plupart des gens que je croise aujourd’hui me regardent d’un air ahuri, me suivant des yeux comme s’ils avaient vu la reine d’Angleterre, même s’ils ont plutôt l’air de se dire “mais c’est qui ce guignol en short ?!”.

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Un berger un peu lourd sur la Rasht valley

La différence par rapport à la route touristique du Pamir est absolument folle. Cinq kilomètres plus à l’Ouest, tout le monde me saluait, ici les regards sont presque hostiles ! 

C’est comme si j’étais dans un autre pays. Je suis peut-être bizarre, mais je commence à croire que j’ai fait le bon choix de prendre cette route.

Ici les gens ne voient jamais de cyclistes étrangers, quand ils m’aperçoivent ils semblent complètement pris au dépourvu, et c’est ça que j’aime dans le voyage, les rencontres sont plus authentiques.

Je comprends de plus en plus que ce que je recherche de ce voyage c’est la différence et le contact avec l’autre. Les paysages sont secondaires. À mon sens, voir tout seul de magnifiques paysages est un gâchis sans nom. La beauté se partage… la rencontre EST un partage.

En fait, pour résumer tout ça : au Tadjikistan on voyage sur la route du Pamir pour les paysages, et on voyage sur la Rasht valley pour les gens et l’authenticité. Je ne sais pas encore à quel point j’ai raison !

Regonflé par la fraîcheur et la virginité touristique des populations locales de cette route, je m’y engage le cœur plus léger, l’œil plus alerte, et les jambes plus solides. Tout est dans la tête, toujours.