Comment vaincre la peur de tout plaquer pour voyager ?

“Partir, c’est mourir un peu”

Edmond Haraucourt

Oui, partir c’est une petite mort. C’est mourir à soi et à ce qu’on aime. C’est un sacrifice terrifiant, douloureux mais pas insurmontable.

montagnes anatolie

Pourquoi partir ?

Pas besoin d’être malheureux dans sa vie pour avoir des envies d’ailleurs. J’ai croisé tellement de voyageurs au long cours qui jouissaient d’une situation stable, une vie sociale et amoureuse épanouissante, des passions… Tout en surface fonctionnait bien.

Alors pourquoi ont-ils tout balayé de la main ? Pourquoi ont ils envoyé balader une vie que beaucoup rêveraient d’avoir ? Ils étaient heureux, ils avaient de l’argent… ça ne leur suffit pas ??

… Il faut croire que non. Car il y a la surface et ce qu’il y a au fond de nous, les besoins de l’âme.

Personnellement quand on me demande pourquoi je suis parti faire ce voyage, je dis souvent que tout allait bien mais que quelque chose en moi était endormi. Un sentiment diffus de ne pas vivre réellement. De vivre pour que les contours de ma personne épousent les formes du moule que la société m’a imposé, quitte à déformer l’intérieur et la structure de mon être. En d’autres termes, je n’étais pas à ma place. Et pire que cela, mon âme plongeait dans le vide, elle s’éteignait à petit feu…

… vous savez, cette sensation diffuse et désagréable de vide que l’on cherche à combler à tout prix à grands renforts de divertissements, de musique dans les oreilles, d’achats, d’une vie sociale démesurée…

J’étais en danger dans ma zone de confort depuis trop longtemps, il était temps de s’en extirper de force et réapprendre à vivre.

Il fallait réapprendre à vivre dans l’incertitude, la douleur physique, le manque de tout ce qui est si basique ici (eau, nourriture, chaleur…)…

Il fallait réapprendre à craindre le noir.

Il fallait à nouveau se confronter au monde, à la véritable altérité, aux dangers du quotidien. C’était une nécessité.

Quand il n’y a plus d’autre issue que de tout plaquer

Posez-vous une question simple : “Où vous voyez-vous dans 10 ans ?”

Si dans votre introspection, la situation actuelle, voire une évolution de la situation actuelle ne vous fait absolument pas rêver, si vous la visualisez plus comme une contrainte de la vie et que vous la justifiez d’une phrase du genre : ” C’est la vie, il faut bien payer ses facture, avoir une carrière, se préparer pour assumer la vie parentale… on est adulte quoi, flûte !”… là vous êtes en train de vous résigner, d’accepter les règles d’un jeu auquel vous n’avez pas demandé à jouer. Soit. Jouons le jeu, mais avec nos propres règles !

En ce qui me concerne, cette projection d’une décennie m’a fait l’effet d’un électrochoc. Je me retrouvais d’un coup en face d’un précipice. Un vide sans fond dans lequel j’allais plonger pour 10 ans encore. Un trou noir, stérile, mort.

Et de l’autre côté j’étais en bas d’un gigantesque mur à escalader. Ce mur, c’était ce voyage, mon rêve, ma montagne. Impossible de savoir ce qu’il y avait de l’autre coté de ce mur… il fallait le franchir à tout prix.

Le vide ou la découverte. Les ténèbres ou la lumière. La mort ou la vie.

Ma décision, le destin l’avait déjà prise pour moi depuis longtemps. Je n’avais plus le choix. Tout plaquer. Le rêve s’était mué en nécessité absolue.

Même le plus long des voyages commence par un premier pas.

Lao Tseu

Surmonter ses peurs

Le gros du boulot est déjà fait. Vous savez qu’il faut y aller. Maintenant, pour définitivement franchir le pas, il va falloir quitter son boulot, rendre les clés de son appartement, préparer le budget, étudier l’itinéraire, faire les visas et autres assurances, acheter le matériel, annoncer la nouvelle à ses proches et affronter leurs désapprobations.

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Sans le savoir, votre aventure, votre voyage a déjà commencé.

Tout cela donne le vertige. On a des bouffées de chaleur devant cette première montagne d’incertitudes à traverser. On hésite finalement. On se dit que ça n’est peut être qu’une lubie passagère, un sursaut de vie. Peut être, mais ne rien faire ne fera que retarder l’échéance. Le problème est présent, il reviendra plus fort la prochaine fois.

Face à un danger ou une punition, l’homme a trois façons différentes de réagir : La fuite, La lutte et l’inhibition de l’action.

  • L’inhibition est la pire de toutes. Elle consiste à ne rien faire, tout garder en soi et attendre que ça passe. Ça ne passera pas. Ça engendrera du stress, du mal-être et possiblement des maladies plus graves sur le long terme
  • La fuite, elle, n’est pas si mal. Elle rend la réalité plus facile, plus supportable, bien qu’elle ne règle aucun problème.
  • Enfin, la lutte, la confrontation, est la réaction qui nous intéresse. Partir pour un grand voyage, ça n’est pas fuir, c’est lutter. C’est se battre tous les jours contre les éléments, contre la souffrance, contre soi-même, et c’est bien pour cela qu’il est si difficile de se lancer dans la bataille. Et pourtant, la bataille, vous l’avez déjà gagnée ! Vous l’avez gagnée le jour où vous avez pris la décision de partir. Il n’y a aucun échec possible puisque vous lâchez toutes vos forces et toute votre âme dans cette bataille. Quoi qu’il arrive, vous irez au bout, c’est une évidence.

En bref, il y a trois étapes cruciales dans le départ pour le voyage au long cours : L’heure du constat, la prise de décision et l’action. Sachez que la plus difficile de toutes est la prise de décision.

L’action de tout plaquer n’est plus qu’une mise en pratique dans le réel d’une décision déjà prise. C’est la partie la plus facile, la plus heureuse. Tous les voyants sont au vert, on se laisse porter vers ce destin qui nous appelle. On se sent enfin vivre alors qu’on n’est même pas partis. On est à sa place… celle de l’espérance et de l’incertitude, celle des grands défis de vie, celle qui nous était destinée depuis si longtemps car nous sommes des êtres humains. Nous sommes programmés pour ce genre d’aventures et de grands départs, pas pour le métro, boulot, dodo et le nez collé derrière un écran 9 heures par jour.

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Il est temps de commencer à vivre !