44. Première rencontre de cyclotouristes (Qazvin / IRAN)

Reprendre la route et pédaler

C’est le petit matin à Qazvin, ancienne capitale de l’empire Perse. Après avoir répondu à une interview filmée pour la communauté de cyclistes et cyclotouristes de Qazvin, je suis monté sur mon vélo, j’ai donné un coup de pédales, puis un autre, j’ai laissé passer les chauffards et poussé un quatrième coup de pédales, non sans avoir salué les passants en réponse aux aimables hurlements qui m’étaient destinés. La route était libre, je m’y suis engagé sans savoir où j’allais dormir le soir.

Rencontrer d’autres cyclotouristes, enfin !

Aujourd’hui, mon chemin est ouvert à la surprise et à la rencontre. Après 20 kilomètres de route sur un rythme assez élevé, je fais ma première pause. Je descends de mon vélo, je regarde la carte, bois quelques gorgées d’eau et vois apparaître sur la route deux cyclotouristes comme moi ! Pour la première fois de mon exode je croise d’autres voyageurs à vélo, qui vont en plus dans la même direction que moi. C’est un couple suisse de la région de Zurich qui parlent suffisamment bien français pour que je laisse de côté la langue de Shakespeare. Après avoir discuté 10 minutes, nous décidons de faire la suite de la route ensemble jusqu’à ce que nos chemins se séparent.

rencontre cyclotourisme

Pique-nique avec mes amis cyclotouristes

Nous pique-niquons à l’ombre d’un arbre, partageons nos vivres et nos expériences. C’est un sentiment délicieux de pouvoir échanger avec des voyageurs et constater qu’ils ont les mêmes ressentis sur énormément de détails du quotidien sur la route. On se sent enfin compris par quelqu’un, on peut se débarrasser de son surplus d’amour ou de frustrations. On n’est plus seul avec ces émotions. Toutes ces sensations, ces impressions que je ne pouvais pas extérioriser trouvent un écho chez des étrangers que je ne connaissais pas ce matin même, mais avec lesquels je me sent déjà si proche. Faire simplement le même voyage à vélo dans le même pays donne l’impression de connaître déjà bien ces personnes, en fait ce sont déjà des amis avant même de leur avoir parlé. Que j’aime ces rencontres de la route !

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Déjà amis au premier regard, la magie des rencontres à vélo

La glace s’est brisée à la seconde où nous avons échangé nos premiers regards, alors qu’ils étaient encore à 50 mètres. C’est ça les rencontres cyclotouristes. Je me souviens très bien du moment précis où je les ai vus approcher : je les aperçois de loin, je me lève pour mieux les observer, non je ne rêve pas, il y a bien un couple de voyageurs à vélo qui arrivent vers moi. Ils ne sont plus qu’à quelques dizaines de mètres, je ne sais pas si ils peuvent distinguer mon sourire, mais il est tellement large qu’on pourrait le voir depuis Paris ! Ils ne sont plus qu’à vingt mètres et sans savoir pourquoi je pose mes poings sur mes hanches comme pour dire : ”Bah alors ! C’est à cette heure-ci que vous arrivez ?”. Un geste familier à la mesure de mes nouveaux amis dont voici une esquisse rapide :

Des cyclotouristes suisses

Cécile est suisse allemande, elle a 34 ans et travaille dans des associations. Toujours très souriante et ouverte, elle parle un français excellent. Elle a parfois du mal à garder son voile islamique sur la tête mais elle le remet en forme quand il le faut, elle sait se tenir ! Très forte, elle pousse un vélo plus lourd qu’elle à un rythme que j’ai presque du mal à suivre. Tandis que nous roulions sur un rythme très soutenu imposé par Cécile, j’ai fait la remarque à Percy en lui disant : “Ca va, elle avance bien hein!”, et il m’a rétorqué en souriant avec son accent très allemand : “Oui, c’est une machine”. Ca m’a fait rire.

Percy, son compagnon, lui aussi suisse allemand, a 42 ans et est instituteur. Il a un regard très doux et respire une sorte de sérénité tranquille. Curieux de nature, il n’a pas hésité à apprendre les rudiments de la langue perse et commence déjà à la pratiquer. Tous deux jouissent d’une grande gentillesse et d’une rare simplicité, il est vraiment difficile d’entrer en conflit avec eux. Tout est facile et limpide, excepté leur régime alimentaire: ils sont végétariens, ce qui n’est vraiment pas le choix de la facilité dans un pays comme l’Iran.

Avec mes nouveaux compagnons, la route était très agréable. Quand on a des gens à qui parler pendant de longs kilomètres tout est plus rapide, plus doux, mais on se fait encore plus remarquer dans les rues !