38. Jeunesse d’Iran (Tabriz / IRAN)

Pour ma première approche avec l’Iran, j’ai décidé de rester trois jours entiers à Tabriz avec les locaux. Prendre le temps de changer de l’argent local, réparer mon vélo (qui traîne toujours un problème de dérailleur), acheter une carte téléphonique et me familiariser avec la langue et les tarifs locaux. 

Montagnes Tabriz Iran
La vue sur Tabriz depuis les montagnes du nord

L’art de montrer son argent

Tout ça se fera avec une jeunesse d’Iran, en particulier Sina. Cet étudiant de 26 ans m’a accueilli chez ses parents, dans un bel appartement rutilant tout en tapis persans, dorures et imitations rococo. J’ai pu remarquer que lorsque les iraniens ont de l’argent, ils aiment le montrer autant que possible. 

En Iran on profite de la vie

Pour ma première soirée avec lui, je ne savais pas réellement à quoi m’attendre. J’étais surtout avide, le coeur ouvert comme une éponge, prêt à tout voir et tout mémoriser. Sina m’a emmené à une soirée organisée par l’un de ses amis. Une dizaine de jeunes étaient là, ça chantait et ça riait en buvant du thé et en mangeant toutes sortes de choses extrêmement sucrées.

Peugeot 405 Iran
Invasions de Peugeot 405 en Iran

Boire de l’alcool en Iran

Le lendemain, Sina m’a présenté deux de ses amis avec lesquels je suis vite entré dans le vif du sujet. Comme beaucoup le savent déjà l’alcool est prohibé en Iran. En revanche, cela n’empêchent pas certains de trouver des moyens détournés pour se procurer discrètement le précieux liquide. (Malgré le fait que la consommation d’alcool peut en théorie être passible de condamnation à mort en cas de récidive). Concrètement, nous nous sommes garés devant chez le frère de Masi, la fille du groupe. Elle est ressortie de chez lui avec une bouteille d’eau pleine. En voyant le regard de mes amis s’illuminer à la vue de la bouteille je comprends alors que ça n’est pas de l’eau. La simple excitation de savoir qu’ils allaient consommer cette boisson de tous les fantasmes les mettaient déjà dans un état second. En fait, tels des adolescents bravant l’interdit, ils ont déjà l’air éméchés sans avoir encore bu la moindre goutte. Je m’octroie le rôle du vieil habitué et j’avale la première gorgée en prenant soin de ne pas tousser. Ils poussent des hauts cris et me demandent la prochaine fois de boire plus discrètement… visiblement je n’avais vraiment pas le comportement d’un homme qui venait de boire une gorgée d’eau ! Je leur rends la bouteille et je les regarde boire comme une étude sociologique. Le temps passe, on boit, et l’ambiance monte d’un cran et Sina propose de reprendre le volant pour nous conduire chez lui. Je ne suis franchement pas convaincu par la pertinence de cette idée et je lui baratine que j’ai envie de conduire pour expérimenter la conduite iranienne. Il accepte, nous échangeons nos sièges et c’est parti. Je suis en Iran depuis même pas 24h et me voilà occupé à conduire pompette au coeur d’une circulation chaotique du centre de Tabriz, escorté de trois rigolos bien plus imbibés que moi et pas très discrets !

Artisan iranien

Une jeunesse entre espoirs et désenchantements

Au fil du temps, la confiance s’est installée et les langues se sont libérées. Place à l’intime. J’ai appris alors que beaucoup de jeunes comme mes amis ont d’irrépressibles envies d’ailleurs. Ils ne sont pourtant pas issus de familles pauvres, cependant pour eux aucun avenir n’est possible en Iran avec un tel régime. Ils rêvent de liberté… En fait ils rêvent d’avoir le droit de rêver. Cette jeunesse est bourrée d’énergie, d’intelligence et d’envie. Elle est prête à croquer le monde. Elle est prête à se réaliser, prête à vivre pleinement et sans entraves. Pour se libérer de ses chaînes, cette jeunesse rêve d’Amérique, d’Europe, d’Australie. Mes amis, eux, ont choisi le Québec. C’est leur Eldorado. Ils vont tout tenter pour y arriver puisque c’est aujourd’hui leur espoir, leur objectif de vie. Alors ils ont intelligemment commencé à prendre des cours de français, et ils se renseignent auprès d’avocats qui leurs demandent des dizaines de milliers de dollars pour organiser leur émigration. Ils perdent espoir l’espace d’un instant mais se rattachent à nouveau à leur dessein, seule issue à leur mort intérieure. 

L’appel de l’occident

Bien plus que leurs barreaux, ce sont surtout ces chants des sirènes occidentales, ces vitrines resplendissantes qui attirent cette jeunesse vers nos pays. Ils ont par exemple eu des étoiles dans les yeux en apprenant que le salaire minimum mensuel en France est d’un peu plus de 1000 €. Ça leur semble à juste titre une somme mirobolante, inaccessible, inconcevable. C’est passionnant de voir leurs réactions lorsque l’on parle de notre pays. Ils m’ont aussi demandé si l’on pouvait voir des couples s’embrasser dans la rue en France. Ma réponse les a bluffés. Ici il est interdit de montrer des signes d’affection impudiques, même envers sa femme. C’est là où l’on comprend comme il peut être difficile pour des personnes de cette culture de s’adapter à la vie occidentale. Un perse doit être solide dans sa tête pour supporter cette opulence, cette abondance de tout. Ses yeux sont en permanence sollicité par des biens de consommation, des femmes en mini-jupes et cheveux au vent, des couples qui s’embrassent… Difficile pour un jeune fraîchement débarqué d’Iran de ne pas devenir fou, en plus d’être déraciné !