Retour sur un défi : la Green Vélo Szlak route en hiver (6e jour)

Savoir prendre la bonne décision

Les enfants, l’heure est grave.

Réveil ce matin le corps envahi de grincements, de courbatures et de douleurs. Seuls les bras sont à peu près épargnés.

Heureusement que j’ai pris beaucoup d’avance ces deux derniers jours. Ça m’a permis de me contenter de 30 petits kilomètres ce matin pour rejoindre Klaudia et sa famille, qui m’accueillent par l’intermédiaire du site Warmshowers.

Si vous ne connaissez pas Warmshowers, je vous invite à lire cet article que j’ai écrit sur le sujet.

Ils ont très gentiment accepté que je reste jusqu’à lundi matin, le temps de prendre une journée de repos bien méritée.

Je suis arrivé tôt à Chelm, et j’ai déjà eu le temps de beaucoup réfléchir sur la suite de mon périple.

Maintenant, pour que vous saisissiez totalement le contexte, voici dans quel bourbier je me trouve, point par point :

– Première chose, le temps n’est pas près de s’améliorer. La météo prévoit sur ma route un gros épisode neigeux dans les prochains jours, suivi d’une nouvelle grosse vague de froid.

– Deuxième chose, le Covid a rendu les gens très frileux avec les vagabonds de passage comme moi, donc pas d’hébergement possible chez l’habitant (ou très peu).

– Troisième chose, toujours à cause de ce sympathique Covid, les hôtels sont très majoritairement fermés. Par conséquent, il va falloir prévoir quelques nuits à la fraîche en forêt avec pour seule compagnie un sac de couchage inadapté et sans doute quelques loups affamés par cet hiver interminable. Je dramatise un peu, oui.

– Quatrième chose, mon corps n’est plus qu’un amas de chair sans consistance. Un bout de ferraille rouillée qui attend le coup de grâce. Depuis ma chute, le genou gauche ne s’est pas arrangé, bien au contraire. Le dos, le cou, les pieds… Bon, je ne vais pas faire le tour des détails, mais ça grince de partout !

– Cinquième chose, je n’ai pas le matériel adéquat pour supporter ce froid. Ni les chaussures, ni les gants, ni le sac de couchage, ni la tente et ni le matelas gonflable (ça n’a pas l’air, mais c’est important de s’isoler du sol). La prochaine fois, je me réserverai 2000 € de budget pour le matériel et j’irai affronter la Sibérie avec grand plaisir !

– Sixième chose, je crois que j’ai déjà trouvé ce que j’étais venu chercher. Mais ça, j’en parlerai mieux sur l’article qui viendra clôturer cette aventure avortée… Avec le recul nécessaire.

La météo, pendant la période où je prévoyais d’être aux alentours de Bialystok
Les prévisions météo pour les deux prochains jours. Les barres blanches représentent les chutes de neige.

Choisir de rentrer…

Oui, avortée. Vous avez bien compris. Je n’irai pas plus loin dans cet enfer blanc. Je savais que ça allait être difficile, mais je n’imaginais pas que ça serait dans de telles proportions ! En fait, personne ne fait ça. Les polonais que je croise me disent : “you are hardcore”, “you are just crazy”… Ils ne comprennent pas et ils ne sont pas les seuls.

Bref, me voilà à nu devant vous. J’ai honte, mais c’est ainsi : je rentre à la maison.

Je retourne à Cracovie, pour y apprécier plus que jamais ce confort moderne, ces radiateurs électriques et ce four à micro-ondes.

Mais attention ! Je n’ai pas dit mon dernier mot : je n’ai pas l’intention de prendre directement un train pour Cracovie, ce serait trop simple.

Le plan est donc le suivant : partir lundi matin pour Lublin (80 km) et tirer ma révérence sous une tempête de neige de l’enfer ! L’idée est de finir en beauté, et je vous le dois bien. Je vous avais promis 20 jours de récit, vous avez bien mérité une compensation, une petite sucrerie !

(Enfin, si jamais les conditions sont vraiment dangereuses, je prendrai le train. Je ne vais pas risquer ma peau pour vous divertir !)

Je resterai alors 2 nuits à Lublin pour visiter et je rentrerai en train à Cracovie.