Retour sur un défi : la Green Vélo Szlak route en hiver (5e jour)
Journal d’un SDF en Pologne
Journée ultra-intense. Je suis épuisé physiquement et mentalement. Laissez-moi vous expliquer pourquoi.
Pour commencer, voici comment s’est passée la nuit sous la tente : mal.
J’ai eu froid toute la nuit, et même la position du fœtus n’y faisait rien. Résultat, je me suis levé avec très peu de sommeil à me mettre sous la dent.
Et pour que la journée commence en beauté, mes chaussures n’ont pas pu sécher à cause du gel. J’ai donc dû enfiler des chaussures glacées, et qui le sont restées toute la journée. Même chose pour les gants.
Maintenant la route : si j’ai eu la chance hier d’avoir un vent favorable, ça n’a pas été le cas aujourd’hui. Et un vent dans la figure quand il fait presque -10°, ça fouette bien ! J’ai été glacé par la route toute la journée, et chaque pause s’est soldée d’un dangereux refroidissement du corps. J’ai donc pris le moins de pauses possible… rien d’autre à faire à part pédaler pour supporter le froid.


Je n’ai pas non plus eu la chance de déjeuner au chaud comme hier. (Ce n’était pas faute d’avoir demandé). Autant vous dire que mon casse-croute a été vite expédié. 10 minutes et c’est reparti sur la route !
Reparti, avec au passage deux genoux en rade ! Le gauche à cause de la chute du premier jour (il a bien enflé et hésite entre le rouge et le bleu) et sur le droit, je trimballe ma fameuse tendinite qui m’a suivi pendant toute l’Europe lors de mon premier gros voyage à vélo.




Je vous ai dit que je serai transparent, et bien franchement, je me suis demandé toute la journée ce que je faisais là. C’est vrai que toutes les conditions ne sont pas réunies pour que j’aille très loin, mais je ferai un premier bilan à Chelm avec prise de décision. (J’y serai demain soir)
Maintenant, la suite de la journée.
J’évoluais cette après midi très en avance sur l’itinéraire et commençais à me dire : “ben autant continuer, comme ça toutes les bornes que je ferai maintenant, je n’aurai pas à les faire demain !”
Je vise donc une petite ville sur la carte, en me disant qu’il y aura forcément un hôtel ou une bonne âme pour m’offrir le logis pour la nuit (je n’avais franchement aucune envie de refaire tout de suite une deuxième nuit en forêt).
Il est 14h30 et j’entre plein d’optimisme dans cette ville. Je demande à l’épicerie, pas d’hôtel ici, et personne pour m’aider. Je demande dans la rue, on m’évite du regard, je demande dans un complexe culturel, rien non plus. Pourtant, je ne demandais pas la lune, juste une pièce chauffée, rien de plus !
Je demande de l’aide à une bonne dizaine de personnes, et on m’envoie dans la ville suivante, à deux kilomètres. J’y vais et c’est le même résultat partout. On m’explique que c’est le Covid, que les hôtels sont fermés et que les gens ont peur d’accueillir n’importe qui. (Ce que je comprends).
Je vois le temps passer et commence à désespérer. Moi qui avais déjà roulé plus que prévu, il va falloir que je reprenne la route sur 15 km supplémentaires pour atteindre la ville (de taille honorable) la plus proche.
J’y arrive épuisé. Et sur place, c’est le même baratin : tous les hôtels qu’on m’indique sont fermés. Jusqu’à ce que je tombe sur un hôtel ouvert ! Alléluia !
Oui, mais non. Covid oblige, on ne peut accepter que les clients professionnels. J’insiste. J’explique que j’ai une entreprise en France en tant qu’indépendant. On appelle le patron. Non, ça ne prend pas.
Il est 16h, le soleil décline, et le stress commence à sérieusement m’envahir. Dehors, le froid n’est pas négociable.
On vient alors avec une solution à l’accueil. L’hôtesse appelle une maison d’hôtes du coin. J’y vais. Personne n’est là. Je commence à me croire maudit. Retour à l’accueil. Nouveau coup de fil. J’y retourne. On m’ouvre enfin. Je paye les 50 zlotys. Je m’affale sur ma couche et pousse un gigantesque ouf de soulagement.
Cette sensation est indescriptible. Il faut l’avoir vécue une fois dans sa vie. Là, maintenant, le fait de pouvoir m’allonger sur ce lit est pour moi un plaisir inimaginable.
Repos total du corps et de l’esprit.
Finalement j’ai tellement roulé sur les deux derniers jours qu’il ne me reste que 30 ou 40 km à faire demain pour rejoindre Chelm.


